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Pourquoi soutenez-vous la campagne du Collectif Droits humains pour tou-te-s ?

Hélène Bidard« Je suis pleinement à vos côtés dans ce mouvement visant à faire que les institutions de la République française utilisent l’expression « droits humains » à la place de « droits de l’homme ». Cette terminologie porte en elle tout le système sexiste et inégalitaire subi par les femmes. Ce n’est pas un détail et cela n’a rien d’anodin, il ne viendrait à l’idée de personne de parler des droits de la femme en pensant parler de l’humanité toute entière, les hommes compris. Non le masculin n’est pas neutre, non l’homme n’est pas la référence universelle.

Les obstacles rencontrés depuis tant d’années pour faire remplacer ce terme sont révélateurs des résistances que nous rencontrons dans la lutte pour l’égalité entre femmes et hommes. Pour arriver à l’égalité pleine et entière qu’appelle de leurs voeux tous les textes et lois des derniers années, il est indispensable de revenir à la base ; et de déconstruire tout ce qui a été porté par le système de domination masculine pour reconstruire ensemble des droits pour toutes et tous.
Et pour cela, quel que soit l’échelon, chacune et chacun doit faire sa part pour faire changer les mentalités.
C’est pour toutes ces raisons, qu’avec Anne Hidalgo, Maire de Paris, nous avons pris la décision en mars 2015 de changer officiellement le nom de ma délégation de droits de l’homme en droits humains, changement mis en oeuvre en juin 2015. Il reste des choses à faire pour que ce changement irrigue toute cette grande institution, mais nous continuons pas à pas pour que soit pris en compte la notion de droits humains en même temps que les nécessaires politiques publiques en faveur de l’égalité femmes/hommes à Paris.
Je remercie les membres du collectif Droits humains pour toutes et tous d’avoir alerté l’opinion publique, et d’avoir pris à bras le corps la bataille au travers de leur appel. »

Hélène Bidard
Adjointe à la Maire de Paris en charge de l’égalité femmes/hommes, de la lutte contre les discriminations et des droits humains

Guinamard-by-Trujillo1« Je suis persuadé que le changement de terminologie est désormais inéluctable. Les générations plus jeunes ont déjà parfaitement intégré que l’utilisation du terme « homme », considéré comme englobant la femme, ne fait qu’entretenir les inégalités et se réfère à des systèmes sociaux dans lesquels la légitimité de la femme dépendait effectivement de l’homme.
L’énonciation même du terme « homme » pour définir des droits qui se veulent égalitaire, incluant et universels, ne fait que perpétuer la relégation de la femme au second plan.
Heureusement, rien n’est immuable et nous avons tous à y gagner à corriger une inégalité qui, sans léser personne, promeut une image plus moderne de la pensée des Lumières. En effet, il ne s’agit pas de renier ce qui a existé. Il s’agit d’acter une évolution. »

Louis Guinamard
conseil en communication et plaidoyer international, a créé l’agence TAOR, spécialisée en communication à haute densité éditoriale. Il est l’auteur de, notamment, Les Nouveaux visages de l’esclavage, Survivantes, femmes violées dans la guerre en République démocratique du Congo. Après une mission personnelle de 3 mois en Egypte, il a initié la mobilisation Excision, parlons-en ! Il est également l’un des instigateurs de la campagne : Droits humains pour tou-te-s. Louis Guinamard est désormais installé à Berne, en Suisse, d’où il poursuit ses engagements.

 

Sara Vila« A cette question, j’aimerais répondre avec la même conviction dont à fait preuve Justin Trudeau récemment élu premier ministre Canadien lorsqu’on lui a demandé pourquoi il avait tenu à avoir un gouvernement partiaire: « Nous sommes en 2015″.
La nécessité du changement de terminologie de « droit de l’homme » à « droits humains » parait si évident qu’il me vient l’envie de renvoyer la question à nos détracteurs… et vous pourquoi êtes vous si attaché à une expression obsolète, inadaptée et exclusive de plus de 50% de la population française ?
J’éviterais de reprendre les arguments linguistiques, historiques et sociétaux qui appuient notre engagement.
Ainsi je me concentrerais sur ce qui me motive personnellement: la conviction que la France est une grande nation, capable de s’adapter, d’évoluer avec sa société et de faire preuve d’humilité.
La consécration des droits humains ne sera que la preuve de ces extraordinaires qualités qui font la preuve d’une grande démocratie. »

Sara Vila
élève avocate et doctorante en droit international public, engagée dans la promotion des droits humains et leurs garanties.

 

Aurelie Gal-Regniez » Parce que le langage joue un rôle important dans la marche vers l’égalité femmes-hommes.
Parce qu’il est grand temps que la France utilise officiellement l’expression « droits humains ». Dans le cadre des différents processus auxquels nous participons dans le domaine de la solidarité internationale, nous constatons que la plupart des parties prenantes ont bien saisi l’enjeu et parlent déjà, de fait, de « droits humains ».
Parce que nous travaillons dans les pays d’Afrique francophone et que nous espérons que la langue française partout où elle est utilisée ne continuera pas à ralentir les progrès vers l’égalité femmes-hommes. »

Aurelie Gal-Regniez, directrice exécutive d’Equilibres & Populations, a travaillé pendant les quinze dernières années au sein de cette ONG à promouvoir la santé des femmes dans le monde, leurs droits et leur autonomisation en combinant plaidoyer politique, mobilisation sociale et interventions pilotes. Les droits et la santé sexuels et de la procréation ainsi que la situation spécifique des adolescentes sont au cœur de ses préoccupations.

Géraldine-Franck« Un jour, un homme va à l’enterrement de son meilleur ami.
Dans la voiture, il repense aux personnes qu’il a perdues : ses grands-parents, son père, son beau-père et pleure. Emporté par le chagrin, il a un accident de la route.
Il est transporté aux urgences. En le voyant, le médecin s’exclame : « Je ne peux pas l’opérer car c’est mon fils »
Qui est ce médecin ?
Réfléchissez bien avant de lire la suite….

Cette énigme m’a fait comprendre pourquoi dire le masculin empêche de penser le féminin. Depuis, lors, je milite pour la démasculinisation de la langue française au profit d’une langue plus inclusive et épicène, alors je dis oui aux droits humains ! »

Geraldine Franck est militante égalitariste, après avoir fait ses armes dans plusieurs collectifs anti-racistes et féministes, elle milite désormais également pour l’anti-spécisme (mouvement qui affirme que l’espèce à laquelle appartient un être n’est pas un critère pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter et des droits qu’on doit lui accorder).
et aussi http://www.genre-et-ville.org/

Yvette Roudy« Bien sur je signe votre appel et je soutiens le changement de l’appellation « droits de l’Homme » (les bien nommés) en Droits Humains.
Cela fait plus de 30 ans que je le demande mais nous n’avons plus de Ministère des Droits des femmes. On l’a fait disparaitre dans « la Santé » et les « affaires sociales ».
Les idées reçues ont la vie dure et ce n’est pas en 50 ans que les habitudes prises depuis 2000 ans vont disparaitre ! »

Yvette Roudy, Ministre des droits des femmes (1981-1986), à l’origine de la loi de 1983 sur l’égalité Femme-Homme en entreprise

CREDITS ALAIN MONTAUFIER

CREDITS ALAIN MONTAUFIER

« Ce combat que vous menez, et je vous remercie, toutes et tous, de le mener, est loin d’être simplement « symbolique» : je suis convaincue que parler de « droits humains » est une réelle nécessité, d’autant plus dans le contexte mondial que nous connaissons. (…) L’histoire de la langue française nous montre que les mots sont marqués par les inégalités entre les femmes et les hommes. Pour preuve : il a fallu attendre la loi pour l’égalité réelle du 4 août dernier pour que le code civil ne dise plus « en bon père de famille », pour parler de la conduite prudente et raisonnable d’un parent, homme ou femme ! Petit à petit, nous avançons. Continuons, pour en finir avec la logique discriminatoire encore véhiculée par la langue française et pour faire en sorte que la France parle à son tour de « droits humains », comme partout dans le monde. »Catherine Coutelle lors de notre conférence du 21 mai.
Députée de la Vienne et Présidente de la Délégation de l’Assemblée Nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.

Montreynaud« Parce que les « droits de l’homme » embrassent les femmes pour mieux les étouffer, tandis que les droits humains englobent femmes et hommes dans leur commune humanité. »

Florence Montreynaud
Historienne, Fondatrice des Chiennes de garde en 1999
Autrice de l’encyclopédie Le XXe siècle des femmes et de mémoires féministes : Chaque matin, je me lève pour changer le monde. Du MLF aux Chiennes de garde.

Photo de Droits Humains pour Tou-te-s.

Si je préfère employer « droits humains » plutôt que « droits de l’homme », ce n’est pas dû à une vile déférence envers l’impérialisme anglo-saxon, mais à un choix politique : je suis universaliste ; je pense par conséquent que les droits fondamentaux s’appliquent à tous, donc à toutes. Dans le même ordre d’idées, je considère, mais c’est peut-être un peu osé par les temps qui courent, que les femmes font partie de la catégorie « humains ».    Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo

Le canard

 

« La France a une obligation de cohérence » – Une interview de Patricia Huyghebaert, Responsable de Programme « Droits et Citoyennetés »

Le Gret, ONG internationale de développement membre de la commission genre de Coordination SUD, vient de signer l’Appel de Droits humains pour tou-te-s. Responsable de programme au sein du département « Politique sociales et Citoyennetés » du Gret, juriste en droit international, Patricia Huyghebaert nous explique pourquoi.

Quel cheminement a conduit votre ONG à signer l’Appel de Droits humains pour tou-te-s ?

Au Gret, nous avons longtemps utilisé le terme de  droits de l’Homme avec un H majuscule au sens de l’Humanité. Bien entendu, nous prenions toujours soin de préciser que cela englobait aussi les femmes et les enfants, mais nous n’étions pas choqués par la terminologie Droits de l’Homme. Le Gret est engagé de longue date en faveur des femmes et dans la lutte contre les inégalités faites aux femmes, et nous sommes vigilants à la représentation homme/femme équilibrée dans nos supports de communication. Toutefois, nous n’avions jamais vraiment pris la peine de formaliser notre réflexion sur notre vocabulaire.   La prise en compte des questions de genre dans les actions de développement est finalement assez récente. Notre propre évolution s’inscrit dans une évolution nationale et internationale, tant de la part des ONG que des institutions comme l’AFD qui a adopté en 2013 un cadre d’intervention transversal sur le genre dans les actions de développement. Nous nous sommes aperçus que cela impliquait des changements, y compris dans notre vocabulaire. Désormais, nous défendons que Droits humains prend en compte l’égalité de genre. Humain englobe sans équivoque toute l’humanité. Cela permet d’avancer vers une meilleure égalité entre hommes et femmes, mais aussi pour les jeunes, les enfants. Aujourd’hui, adopter la terminologie Droits humains est une question de cohérence avec nos engagements en faveur de l’égalité des genres.

Dans la pratique, au niveau international, la terminologie Droits humains est plébiscitée de fait par les acteurs humanitaires. Serait-ce le signe avant-coureur d’un changement officiel à venir ?

Par rapport à la France, il y a, à l’évidence, une obligation de cohérence par rapport aux engagements pris dans la stratégie française sur le genre et le développement. Cette stratégie a été adoptée à un niveau interministériel. Au niveau de la société civile et au niveau interministériel, comme au niveau des pouvoirs publics, la prise en compte de ces questions est déjà en train d’avancer. C’est le bon moment pour avancer sur cette campagne Droits humains pour tou-te-s.

Sur vos terrains d’opération, quels sont les risques de confusion entretenus par cette expression qui amèneraient à penser que les femmes sont une sous-classe des Hommes ?

Le risque de confusion est réel. Pour donner un exemple, je l’ai vraiment vécu tandis que j’assurais le suivi d’un projet financé par l’Union européenne au Yémen. Nous y venions en appui à une association de femmes. La directrice de l’association locale, qui venait de Djibouti, parlait très bien le Français. Elle nous a demandé de l’aider à informer les femmes sur leurs droits. Elle disait : « on nous parle des droits de l’homme, mais on veut savoir ce qu’il en est sur les droits des femmes ». Pour elle, homme n’incluait pas totalement les femmes. Finalement, dans une société très patriarcale comme celle du Yémen, on voit bien que cette confusion est latente. Aujourd’hui, quand on parle de Droits de l’homme, on explicite rarement que le mot Homme se réfère à l’humanité. Inconsciemment, cela exclut les femmes, cela participe à entretenir une supériorité de l’homme sur la femme. Dans certains pays, cette équivoque ne fait que relayer et conforter un état de fait. C’est une réalité, dans certaines de nos représentations locales, la question du genre a encore du mal à s’affirmer. On a beaucoup de projets en milieu rural, dans des milieux très masculins. Il y a encore un chemin et du travail à faire pour que tant en interne que chez nos partenaires, la question soit prise au sérieux.

Que répondre à ceux qui estiment que ce changement de terminologie n’est qu’un détail ?

Pour le Gret, signer votre Appel et avoir ainsi une visibilité externe sur ce point permet aussi d’envoyer des signaux à l’interne sur notre engagement à avancer sur cette question.

Au sein de notre organisation, cela peut conduire à des changements, au siège et aussi dans nos antennes pays, avec des équipes qui ne sont pas toujours impliquées et conscientes sur les questions de genre. D’un point de vue pédagogique, c’est beaucoup plus clair dans cette volonté de faire attention dans la manière dont on parle, pour assurer que l’on soit bien cohérent avec nous-même. En l’occurrence nous sommes sur des valeurs d’égalité et il y a une évidence dans le fait que le terme Droits humains sert une plus grande égalité. Ces petits changements, même s’ils peuvent paraître de détail, peuvent avoir des effets induits sur notre manière de voir, de nous voir et de concevoir. Ca n’est pas une revendication frontale, mais c’est un cheminement qui va impliquer des changements de mentalités et d’habitudes qu’il faut adapter au quotidien. Il n’y a pas de « petit détail » ; changer une terminologie peut avoir un impact sur le long terme.

Fondé en 1976, le Gret est une ONG internationale de développement, de droit français, qui agit du terrain au politique, pour lutter contre la pauvreté et les inégalités. Ses professionnels interviennent sur une palette de thématiques afin d’apporter des réponses durables et innovantes pour le développement solidaire. Ses 700 professionnels mènent 150 projets par an dans une trentaine de pays.

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