« Ce combat contribue à faire avancer tous les autres » – Claire Guiraud

3 déc

GuiraudClaire Guiraud est secrétaire générale du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, l’instance nationale consultative indépendante chargée des droits des femmes et de l’égalité femmes-hommes. Elle sera membre du jury du concours d’éloquence du 15 décembre.

Le collectif Droits humains pour tou·te·s conduit une action essentielle : promouvoir la suppression de l’expression « droits de l’Homme » de la terminologie officielle des instances et des institutions de la République Française, pour être remplacée par une expression n’excluant pas les femmes. Sur le front des droits des femmes, on pourrait penser qu’il existe des questions plus prioritaires, comme le plafond de verre ou encore la lutte contre les violences. En réalité, tous ces sujets sont interdépendants, et la langue n’est pas un sujet anecdotique. Ce combat contribue à faire avancer tous les autres.

La langue rend visible l’état des relations entre les sexes

Car interroger la place des femmes et des hommes dans la langue, c’est interroger les relations entre les femmes et les hommes dans la société. En effet, le masculin ne l’a pas toujours emporté sur le féminin et jusqu’au Moyen-âge, les noms de métiers et de fonctions existaient aussi bien au féminin qu’au masculin. C’est la volonté de grammairiens et d’académiciens qui a causé ce recul, sous prétexte que le genre masculin est plus « noble ». On remarque d’ailleurs que l’accord au féminin est moins accepté lorsqu’il s’agit de fonctions perçues comme prestigieuses : « préfète », « directrice », « cheffe ». Alors que « cuisinière », « ouvrière », « pâtissière » n’a jamais fait hausser le moindre sourcil ! C’est bien qu’il y a en jeu autre chose qu’une question de convention grammaticale. La langue rend visible l’état des relations entre les sexes, elle dit nos valeurs, ce que nous sommes et ce que nous voulons être. Une langue qui rend invisible les femmes est la traduction d’une société où les femmes sont secondaires.

Le mot « homme » dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen française a longtemps servi à écarter juridiquement les femmes du droit de vote

Dans la société d’égalité que nous souhaitons, il n’y a pas de place pour l’exclusion des femmes, ni à l’Assemblée nationale, ni des cafés, ni des textes fondamentaux de notre République. Rendre visibles les femmes dans la langue, c’est tout l’enjeu du Guide pour une communication sans stéréotype du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, qui rappelle que « le mot « homme » dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen française a longtemps servi à écarter juridiquement les femmes du droit de vote. Les rédacteurs de la Déclaration onusienne de 1949 voulaient mentionner « Rights of Man » et ce fut la seule femme présente, Eleanor Roosevelt, qui se battit pour qu’ils adoptent «Human Rights », afin de couvrir les droits des femmes. Expression que la France traduit à tort par « Droits de l’homme », contrairement au Québec francophone par exemple qui écrit « Droits de la personne humaine ».

HCE_Baniere_haut copieDans son Guide, le Haut Conseil soutient pleinement l’action du Collectif Droits humains pour tou·te·s et c’est le sens de sa participation au Jury du concours d’éloquence.

 

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