Concours d’éloquence 2017: les textes et les photos

14 déc

Les plaidoyers sont présentés par ordre chronologique de passage lors du concours.

PF

Le plaidoyer de Pierre Fournier

EXORDE :
Ne serait-t-il pas temps de changer de logiciel et de parler des droits à l’humanité ?
Réfutation :
Humanité, un terme manquant dans la déclaration des droits de l’Homme comme d’autres : Femme …. , Citoyenne …, Émancipation … , Coopération …, Pauvreté …, Solidarité ….
A croire que ce texte à été écrit par et pour une minorité masculine, riche et éduqué : pas très universel.
« La Femme nait libre et demeure égal à l’homme en droits » Phrase magnifique d’Olympe de Gouges, mais inconcevable à l’époque.
Narration :
Aujourd’hui, il y a 8 personnes qui possèdent autant que la moitié de la population mondiale. Dans nos sociétés occidentales : les valeurs à laquelle on croit sont : croissance, lien de subordination…, surconsommation, domination …, inégalité, compétition, concurrence. Comment peut-on promettre à chaque être humain de naitre libre et égaux en droits dans ces conditions ? ….
Enfin les droits de l’homme ne sont qu’un élément marketing dans les relations commerciales entre les États, la France fait partie des 5 plus important pays exportateurs d’armes dans le monde.
Je vous propose une nouvelle expression !
Les droits à l’humanité pour l’émancipation de tous et toutes. Les droits à l’humanité pour protéger la planète afin de garantir la survie de notre espèce. Les droits à l’humanité pour détruire toute formes de misère, qu’elle soit sociale, spirituelle ou économique.
Aujourd’hui, en France, plus de 5 millions de personnes n’ont aucune relation sociale… et 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté.
Le député Hugo, expert en misérable… « La misère est la maladie du corps social, Faites des lois contre la misère »
Comment peut-on s’émanciper lorsqu’on est victime de plusieurs types de misère ? …
Voici le premier grand chantier de ces droits à l’humanité : détruire totalement les misères.
L’émancipation de chacun et la protection de la nature passe par l’éducation.
L’éducateur brésilien Paulo freire disait « Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde. »
Ces droits à l’humanité permettrait à chacun de pouvoir exprimer sa curiosité, sa créativité à travers des actions simples ou extraordinaires…, en symbiose avec les autres et la nature. C’est pourquoi il est urgent de changer de logiciel
Péroraison :
Passer des droits de l’Homme aux droits à l’humanité. C’est passer d’une société basée sur la domination et le patriarcat vers une société diverse, créative et de confiance.

Les droits de l’homme sont morts, vive les droits à l’humanité.

MM

Le plaidoyer de Marie Millasseau

Madame la procureure je vous remercie pour cette première partie, forte divertissante, mais qui je l’espère tombera vite dans l’oubli.

J’ai, au moins, compris que vous étiez atteinte d’une longue accoutumance aux droits de l’Homme, de plus de deux cents ans maintenant. Tant mieux pour vous si vous avez encore du plaisir et que vous parvenez à garder intact la passion des premiers jours.

J’aurai tendance à appeler cela de la perversité voire de la nécrophilie.

De quoi êtes-vous la gardienne ? Avec vous, c’est l’Etat qui se lève et plaide en grandeur nature.

#compassionpourl’accusé

Mais moi, les droits de l’Homme ne me font plus frémir. Et, l’orgasme ultime du 26 aout 1789 par 1145 députés qui jouirent d’une déclaration des droits de l’Homme, n’est pas mon fantasme.

Vous semblez accueillir le monde d’aujourd’hui avec tant de réticence.

Mais on ne badine avec son temps.
La sensibilité égalitaire n’est pas une maladie mentale

Mesdames et messieurs, ce que le ministère public passe sous silence …relève d’une vérité éclatante

Oui, LES FEMMES EXISTENT

Est-ce si illégitime de faire remarquer cela ?

Je passe outre les préliminaires de 1789, ils ne font que retarder la conclusion. L’apogée de l’égalité, l’apogée de l’universalité … qui s’offre enfin à nous.

Par ouï dire, il y aurait encore au 21ème siècle des êtres supérieurs qui doivent faire l’objet d’un culte de la part des femmes : les hommes.
Mais il y a un problème de bonne foi car si la loi dans son contenu est aujourd’hui égale pour toutes et tous, elle institue, de manière absolue, en son nom l’égalité atrophiée.

La déclaration des droits de l’Homme.
Je me rue sur un dictionnaire, 80 000 mots à peu près… c’est dire la richesse de la langue française.

Homme : 1ère sens : individu de sexe masculin considéré du point de vue de ses qualités qui lui sont habituellement attribuées (virilité, force, courage…).

Et du coup, moi je suis quoi ?

Celle qui continue à se mettre du rouge à lèvres mat rouge flamboyant, à se vernir les ongles pour finalement les abîmer au toucher de l’éponge et du Paic super dégraissant senteur citron bio. A courir après ce couple divorcé que sont les chaussettes. A penser seulement aux futilités, compter les heures longues de mes journées si peu remplies. A écouter autour de la table ces mâles aguerris. A accuser les coups et les humiliations.

Et là on me dit : arrête de jouer avec les mots, regarde le deuxième sens, tu sais très bien la définition de l’Homme.

L’homme c’est l’universel…
Celui qui l’emporte sur tout le reste. Celui par qui s’établit le neutre.
Celui par qui l’on se définit.

Non, non, je suis une femme.

La femme n’est pas un homme comme les autres.
Parce que l’homme est-il une femme comme les autres ?

L’universalité des droits n’est pas la subordination à une catégorie qui se voudrait supérieure, par un jeu de langage qui aurait voulue sa nature comme la commune mesure.

Il y eut l’abolition des privilèges. Pourquoi ne pas envisager dorénavant l’abolition du privilège masculin ?

« Couvrez ce masculin que je ne saurais voir ».

Et je vais vous dire l’importance du langage. L’importance des mots et de leurs usages.

Il y a des mots…

Il y a des mots qui masquent, qui trompent,
Des mots acérés,
Des mots qui condamnent, des mots qui blâment,
Des mots qui renoncent, des mots qui résistent,
Des mots intemporels, des mots nouveaux,
Des mots qui divisent, des mots qui unissent,
Il y a des mots qui rendent justice,
Il y a tout simplement des mots.
Et des mots simples… des mots aussi simples que « humain ».

Alors usons et abusons de ce mot. Et résistons à la tentation de l’inertie et du silence.

Pour qu’enfin nous trouvions les mots justes

Que nous trouvions les mots justes chaque 8 mars pour expliquer que la journée des droits de la femme n’est pas l’inverse de la journée des droits de l’Homme du 10 décembre.

Que nous trouvions les mots justes pour remettre en question la névrose de ces français qui ont traduit la déclaration universelle des droits humains en 1948, par droits de l’Homme, contrairement à leurs partenaires internationaux.

Que nous trouvions les mots justes pour penser la femme libre, indépendante et autonome.

Que nous trouvions les mots justes pour se soustraire du carcan idéologique attribué à l’Homme avec un grand H.

Que nous trouvions les mots justes pour oser être sceptiques, avoir l’audace de toucher ce qui semblerait intouchable.

Le tribunal révolutionnaire, renaît de ses cendres. Trois coups de canon. Pour dire pardon. Pardon à celle qui fut réduite au silence par une lame aiguisée. A celle qui de sa tête tranchée s’est vue présenter au peuple comme antirévolutionnaire. Celle dont le silence à la fin fut son unique demeure. Mais celle dont les mots portaient l’âme de notre 21ème siècle, la conscience et la lumière de l’aube nouvelle. Celle qui avait écrit peut-être trop tôt sa déclaration que l’on jugea avec mépris mais qui avait pourtant si bien compris l’importance de l’égalité. Sa déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791.

Olympe de Gouges.
Puisse alors, par une oraison funèbre, lui rendre raison.

A nouveau, trois coups de canon.
Les droits de l’Homme étaient. Les droits humains seront.

La combustion des droits de l’Homme est lente, mais ô combien essentielle.
Une autre Histoire n’est pas possible. En revanche, ce qu’il reste à écrire nous appartient.

Envolons nous donc pour ce 7ème ciel de la conviction.

Les droits humains, chérie. Après passion et pulsion. Ensemble nous crierons au miracle. Celui où les droits humains seront proclamés telle la colonne d’un temple, au nom de l’égalité et de l’universalité. Car seul ce qui est pleinement, réellement, parfaitement juste vaut… pour l’éternité.

Alors, ne renoncez pas car… voici enfin, enfin, une cause.
Enfin une cause encore plus grande que l’Homme.

HP

Le plaidoyer d’Hugo Partouche

Pour « droits de l’Homme » disons « droits de la Femme ». Ça pique un peu.
Il y aurait violence à ce qu’on parle des hommes au féminin. Pauvres de nous.
Mesdames du jury, la violence à ce qu’on parle des hommes au féminin n’en est pas une. C’est une humiliation.
Ces hommes-là, tous sauf moi, ont peur d’être humiliés qu’on les compare à des êtres inférieurs. C’est le motif de leur refus et le Procureur joue leur jeu.
Nous tremblons que la langue nous dépossède de notre genre.
Nous, ils, tous sauf moi, ne savent pas que la dépossession du genre est une véritable genèse de la parole pour les femmes francophones. Etre femme en français ou parler français en étant femme c’est être dans une situation de langage étonnante. Soit on pense le particulier, à la première personne. Alors, je peux être femme. Soit elle pense le général, le pluriel, alors elle doit disparaître dans l’humanité.
Alors, voilà ce que je propose aux hommes. A défaut de se voir imposer pareille disparition, faisons en une éthique ! Une éthique de la disparition.
Hommes, disons « droit de la Femme », soyons aussi dépossédés.
Vous le savez, mes chers compatriotes du sexe masculin, cette dépossession n’est qu’anecdotique, temporaire, à la marge. Nous possédons déjà tout.

Et faire, occasionnellement, l’expérience de cette confiscation du genre est sans doute susceptible d’accroitre infiniment notre empathie pour l’autre sexe, pour les genres. En disant, vive les « droits de la Femme », y compris de l’homme, j’accepte qu’on arrache mon costume de dominant. Je suis un peu moins couvert, un peu moins aveugle, un peu moins sourd.
Hommes, acceptez d’êtres nus avec moi. Nu comme Adam avant qu’Eve ne pèche.
Une formidable, une géniale, une anonyme du XVIIIe écrivait,
« On me dira et c’est vrai qu’Eve fût non seulement créée après Adam mais même formée de l’une de ses côtes ; mais Adam fût fait de glaise – est-il une raison qu’Adam soit moins noble que la glaise ? »
Non !

Il faut dire « droits de la Femme », parce qu’il faut que nous, les hommes, nous l’ayons dit au moins une fois, qu’au moins une fois nous ayons fait l’expérience de cette dépossession constitutive. Une fois ou plus.

Il faut dire « droits de la Femme » enfin, parce qu’il faut déclarer ces droits. En déclarant ceux de l’homme, nos révolutionnaires disaient : les droits de l’homme existent, il suffit de les dire. Point de pétition des droits, il n’y avait pas lieu de demander quoi que ce soit. Nos droits sont naturels. Ils sont à nous, ils sont intimes. La fonction de la démocratie n’est alors plus simplement que de les déclarer et celle de l’Etat, de protéger cette intimité politique.
Cette intimité, les femmes la connaissent-elles ? La connaissez-vous ? Avant que vos droits ne soient protégés, Mesdames du jury, il faut que vous sortiez de vous-mêmes, deveniez hommes. Drôle d’intimité que celle qui commence par se defaire de soi.
Et pourtant, les femmes ont réussi à construire une existence politique. Pour que nous, les hommes, entendions cette existence politique l’exploit qu’il est vraiment, il nous incombe de suivre le même chemin, de connaître une intimité d’abord dépossédés, de dire « les droits de la femme, y compris de l’homme ».
* *
*
Je voudrais ne pas être là, ne pas expliquer à d’autres hommes là où je crois que se cache le mystère de l’égalité, dans une empathie aussi intime que les droits naturels qu’ils proclamèrent jadis en oubliant une partie de leur peuple.
Je voudrais avoir complètement disparu dans ce texte.
Je dis cela aujourd’hui puis me retire.
Nous reviendrons quand notre chair aura ressenti quelque chose d’intimement féminin, quand cette empathie nous aura donné le goût de quelque chose qui ressemble un peu plus à l’égalité.
Nous reviendrons.
D’ici là taisons nous pour sentir.
A bientôt.

NP

Le plaidoyer de Nicole Pradalier

« Homme n’a jamais inclus le sens de femme », me dit ce toulousain de 39 ans, fils de policier et d’assistante maternelle1, lors d’une enquête que je faisais sur le sens du mot. « D’ailleurs regarde ! Terre des hommes de Saint Exupéry, la terre appartient bien aux hommes. »
Déstabilisée par cette assertion qui allait à l’encontre de l’utilisation que j’avais du mot jusque-là, je réalise en effet qu’il y eut le ministère des droits de la femme, le gouvernement français avait donc conscience que les droits de l’homme n’étaient pas ceux de la femme, il partageait le jugement de mon informateur sur l’acception du mot homme, qui exclut les femmes.
Et la déclaration de 1789 est bien celle des droits de l’homme et du citoyen. Si le genre masculin de « homme » n’est pas apparent au point que l’on pourrait envisager le féminin, une homme, comme je l’avais fait au terme de ma communication2 sur le sujet en 2001 à la Sorbonne, citoyen lui, est de genre apparent puisqu’il existe la citoyenne.
Ainsi l’affiche du festival du film international de la ligue des droits de l’homme (en 2015) qui présente une femme derrière les barreaux peut être lue comme étant celle des droits de l’homme sur la femme.
Je pris alors conscience que mon interlocuteur était un représentant de la francophonie qui connaît les mots ordinaires, qui en fait usage, celle qui a appris à reconnaître l’orthographe du masculin à partir de la forme du féminin, qui écrit [mi] avec un s à la fin si elle peut le remplacer par [mizə], qui sait donc que la forme masculine en français est incluse dans la forme féminine, et pas l’inverse. L’inverse est une vision idéologique.
Dès lors, je décidai que j’adopterai cette vue réaliste et évidente des mots et des choses ! Même si je savais bien que l’homme et l’humus avaient quelque chose à voir, que nous venons de la terre, ou de la mer, hommes et femmes, et que nous retournerons à elle, n’est-ce pas ? Certes. Je savais aussi que nous devons aux récits monothéistes cette inversion des données de la réalité : la côte ou le côté remplaçant l’utérus. Comme de la cuisse de Jupiter était déjà né Bacchus.
Mais nous sommes le jour de la laïcité dans le pays de la liberté et de l’égalité, de la fraternité aussi, certes : il y a donc les frères français dont les femmes ne sont pas. Un mot qu’il faut changer : Parlons d’adelphité ! Nous rendrons hommage à notre mère terre et notre antiquité grecque par la même occasion.
Quoi qu’il en soit, mon devoir de linguiste était de demander à la langue française un moyen pour désigner les femmes et les hommes au même titre, les femmes et les hommes ensemble.

Ce fut un travail passionnant de très longue haleine. Il était centré sur la grammaire. Puisque l’académie s’était mise en marge de la langue française depuis 1986 officiellement, je n’avais pas à m’occuper d’elle. Je m’occupais des êtres humains que je rencontrais, j’utilisais mes connaissances, ma capacité de réflexion et de création, sans être gênée par la règle du masculin, que j’attribuais à une bienveillance compensatoire.- Jusqu’à ce que la solution apparaisse avec le point médian, ce signe mathématique qui permet d’accorder au féminin et au masculin à la fois, au pluriel comme au singulier, et d’introduire la reconnaissance du sexe neutre, renouvelant la pensée et revivifiant la langue.
Mais il fallait un mot pour remplacer homme en tant qu’être humain car j’avais écrit : « Nous les poètes, nous les hommes à la casquette pleine, nous les poseurs d’anathèmes, nous les joueurs… »
Je devais moi-même me réformer. Eh bien j’ai changé homme par femme, comme au ministère. « Nous les poètes, nous les femmes à la casquette pleine, nous les poseuses d’anathèmes, nous les joueuses … »
Or je voulais parler des hommes comme des femmes car j’estime que la poésie est la propriété des hommes autant que des femmes. Voyons un mot qui rassemble toutes les lettres des deux : deux m et deux e à quoi s’ajoutent le [f] de femme et l’[o] de l’homme plus l’h et ça donne fhoemme. Et je viens d’apprendre qu’à une jeune fille qui a intégré l’armée et qui arrive première à toutes les épreuves, devant ses collègues masculins, ceux-ci lui ont dit « tu es une fomme ! ». Et ça fait : « Nous les poètes, nous les fhoemmes à la casquette pleine, nous les poseureuses d’anathème, nous les joueureuses au vent mauvais. » Enfin voilà un mot pour penser notre humanité commune, complexe et porteuse d’avenir !
Cependant, plutôt qu’une déclaration des droits des fhoemmes, je vous encourage à écrire « une charte planétaire pour le respect des êtres et des choses »
Dans tous les cas, il faut en finir avec l’emploi abusif du mot homme, ce bloc de pierre que l’on jette sur la tête et le corps des femmes.
Il en va de l’intégrité physique de celles-ci,
Il en va de l’intégrité morale des hommes et des femmes,
Il en va de la vitalité de la langue française,
Il en va de l’image de la France dans le monde. Merci !

1 Assistant·e parental·e est plus réaliste et juste.
2 Imaginaire linguistique, A-M Houdebine (dir) Paris 2002, L’harmattan, pp 89-91

CS

Le plaidoyer de Chloé Sebagh

Qu’est-ce que la joie selon Lamartine – qui comme son nom ne l’indique pas d’ailleurs était un homme – ? La joie selon Lamartine, c’est la rencontre du juste et de la réussite.

Et vous savez-quoi ? Aujourd’hui, je suis joyeuse, un peu stressée mais joyeuse. Joyeuse car je prends la mesure du chemin parcouru par la notion de droits humains durant ces dernières années. Nous sommes réuni·e·s pour actualiser une formule qui de fait et notamment grâce à l’événement qui nous rassemble aujourd’hui est entré dans les mœurs ! Et quelle formule ! Une formule référente qui garantit non seulement nos droits, mais incarne aussi nos idéaux.

S’approcher du but est d’autant plus délicieux que le chemin a été long. A titre personnel, j’ai été étudiante en droit et alors, l’étudiante que j’étais ignorait la femme que j’étais. Je planquais derrière quelques formulations que je jugeais prestigieuses, derrière le grand « H » de « Homme », l’inexactitude de raisonnements…foireux. Et certaines et certains qui ne sont pourtant plus en cours de droit – ne nous la faites pas Monsieur le procureur – le font encore et toujours ; et le grotesque du dogme finit par se voir, il finit par être évident comme la cocarde sur la tête de Marianne. Puisque c’est tristement d’actualité et que vous n’êtes pas sur les Champs Elysées : « Oh Marianne, si tu savais, tout le mal que l’on t’a fait ». Ce dévoiement est en passe de prendre fin aujourd’hui.

Déjà l’expression « droits de l’Homme » s’étiole, elle prend l’eau de partout ; contrairement au navire « droits humains » porté par les vagues d’autres langues qui ont déjà épousé l’aérodynamisme de ses modernes hélices. Et à raison.
Je savais déjà que je n’étais pas un « Homme ». Je sens aujourd’hui que je ne suis plus une sous-catégorie. Voilà une raison supplémentaire de se réjouir n’est-ce pas ? Nous sommes dans le juste et à deux pas, à un, deux ou trois mots, de la réussite. Qui le premier ou la première osera dire que les droits humains sont un péril mortel ? Quel premier ministre osera bannir les droits de la personne humaine pour en réalité mieux les installer ?

Comprenons ces résistances : la langue est l’un des derniers pré-carrés des masculinistes. Mais de quoi ont-ils et de quoi ont-elles – car il y a parfois des femmes masculinistes ; de quoi ont-ils et de quoi ont-elles peur ? Certainement pas du ridicule ni de l’absurde, c’est un fait…Soutenir l’expression « droits de l’Homme » est idiot. 51,4% de femmes composent la population française et on peut a priori légitimement supposer qu’elles ne sont pas des « Hommes ». Soutenir l’expression « droits de l’Homme » est grotesque. Si l’attachement à la tradition était si fort, la conduite de charrettes et l’envoi de pigeons voyageurs seraient sans doute beaucoup plus répandus. Soutenir l’expression « droits de l’Homme » est illogique. Faire du masculin le générique permettant de désigner l’entièreté de l’espèce humaine est infondé linguistiquement.

En finir avec lui, en finir avec l’expression « Droits de l’Homme », c’est rendre sa visibilité à à la moitié de la population mondiale, à la moitié du genre humain, dans la langue française, telle qu’elle est pratiquée en France. Plutôt pas mal pour exprimer le réel et structurer la pensée de 66,9 millions de personnes, en une formule. Une simple formule qui veut tant dire et nous permettrait d’être encore plus fier·e·s de notre passé et de notre présent.

Oui, je suis joyeuse aujourd’hui car je suis à l’âge où l’on quitte le rôle d’héritière pour entrer dans celui de passeuse, et je pense que nous avons déjà quelques belles avancées à léguer sans même que je n’ai eu le temps de faire complètement ma part. Nous avons encore quelques ultimes batailles à mener et il ne faudra pas les perdre, mais combattre avec les mots justes, pour une cause juste, les droits humains c’est déjà, une victoire en soi.
Je vous remercie.

OM

Le plaidoyer d’Olivier Manceron

Bonjour Mesdames et Messieurs. Je vous demande de me pardonner de garder mon chapeau. C’est mon choix. Je dois protéger mon crâne, très élégamment dégarni au sommet, des regards féminins trop souvent lubriques et concupiscents.

Mais voyons ! Droits humains ou Droits de L’Homme : là est la question !
Nombreux et farouches sont les défenseurs de l’expression franchouillarde de « Déclaration des Droits de l’Homme ». Avec vanité… ces patriotes affichent le plus grand respect pour l’écriture sacrée des sans-culottes de 1789. Au cours des siècles suivants, ce texte fameux est resté l’oriflamme des luttes contre les tyrannies jusqu’à la Déclaration Universelle de 1948. Les Nations Unies l’ont alors adoptée… en la modifiant à l’aune de leur délicat consensus international. Les Droits de l’Homme sont devenus « Human Rights », partout sauf en français.
Mais la langue française offre au masculin la préséance… tant pour la grammaire que pour le vocabulaire. C’est l’usage. Pas de problème, tant que le féminin ne montre pas son nez. Les femmes seraient-elles donc innommables ? C’est violent ? Mais que dire de ce que l’on ne veut pas nommer ?
Dans nos chers dictionnaires d’antan ou sur le sacro-saint Google, le caractère « homme » ou « Homme » (avec « une grande H » comme disait Georges Pérec) signifie invariablement « ce qui n’est pas femme ». Tapez « sous-vêtements pour homme », le résultat est édifiant. Pourtant malgré l’évidence, les thuriféraires grisonnants de la vénérable Ligue des Droits de l’Homme balaient toute remarque d’un fin sourire pontifiant. À ces penseurs pansus, la langue française a fait le don exceptionnel d’une acception « neutre » du mot Homme, avec son grand H… de pierre.
Ils le reçoivent des mains de l’Académie Française, qui précise : « Le neutre en français prend les formes du genre non marqué, c’est-à-dire du masculin et l’on dit « quelque chose de beau » et non « quelque chose de belle. » La beauté serait-elle plus masculine que féminine ? Je tiens à respecter ces messieurs et prends acte sans sourciller de leurs inclinations personnelles. Mais « 99 femmes et un chien sont nouveaux dans le village… » ça, ça ne les choque pas ! Voilà une chose qu’elle est belle ! On entasse au fond de ce neutre toutes les communautés humaines, ethniques, culturelles, sexuelles et naturellement les femmes et les handicapés. Le Haut Conseil à l’égalité femmes-hommes réfute cette coutume sexiste : « Le masculin n’est pas plus neutre que le suffrage n’a été universel jusqu’en 1944. »… Pas plus que l’accouchement n’a été sans douleur avant la péridurale, ou que le nuage radioactif de Tchernobyl ne s’est arrêté en 1986 aux frontières françaises. Il s’agit donc d’un déni social et pour les plus manipulateurs… de propagande machiste.
Ce neutre fait mauvais genre. Il neutralise l’accès à la différence, à l’altérité sexuelle. Pas de relation profonde sans la confrontation de deux personnes, humaines ou animales, enrichies de leurs échanges. Dans une société de culture du viol, seul l’amour est transgressif. L’humanité n’a qu’un regard viril sur le monde. Elle est borgne. Pas la peine de dire à qui appartient l’œil crevé. Les femmes sont des négresses jaunes, noires ou blanches, une race inférieure au service d’une humanité virile oppressive.
L’homme neutre est ce héros au regard si doux, seul dans la tempête, échevelé et hagard. Il se dresse dans le vent de l’Histoire, le poing levé pour réclamer ses droits et défier les tyrans. Dans les coulisses, sur les gradins, dans les châteaux ou les chaumières, dans les jets privés ou les RER, les femmes se doivent d’applaudir, subjuguées par l’audace de leurs héros. Dans ce fallacieux genre unique neutre, ce bonneteau de tricheur de rue, on cherche désespérément la dame.
Depuis 1948, l’expression anglaise « Human Rights » aurait dû permettre l’inclusion automatique des droits des femmes et des enfants. Notre douce France, ce cher pays de mon enfance, est ensanglantée par le massacre de l’innocence. N’oublions pas le carnage pour la seule année 2016 : 300.000 femmes victimes des violences de leurs bonhommes, dont 123 exécutées pour lèse-virilité. N’oublions pas que le nombre de ces exactions est vastement sous-estimé du fait du mépris et de la défiance que rencontrent les victimes, quand elles réclament justice. 700 décès d’enfants imputables pour 75 % à des hommes, selon la Ligue des Droits de l’enfant. Tiens ! Enfant ! N’avez-vous pas comme d’habitude entendu « garçon » plutôt que « fille » derrière le mot ?
L’expression « Droits Humains » doit permettre à ceux des femmes d’y être inclus, Encore faudra-t-il qu’un jour ils soient appliqués!
Ainsi, Mesdames, si je suis un être humain, vous conviendrez que vous êtes loin de pouvoir devenir un jour des « êtres humaines »….
Continuons le combat !

ADF

Le plaidoyer d’Agnès De Féo

Comment une femme pourrait-elle se sentir concernée par les droits de l’homme ? La moitié de l’humanité se trouve exclue d’une appellation qui prétend inclure tous les êtres humains.
Le français est une langue à laquelle la tradition attribue un génie propre et qui pourtant nie la moitié de sa société, la moitié de ses locuteurs, c’est-à-dire toutes ses locutrices. Cette fixation sur le mot homme se fait au nom de l’universel, alors qu’il est restrictif. Peut-on dire que notre ancêtre Lucy est un homme préhistorique ? Non, Lucy n’est pas un homme, avec ou sans majuscule. Homme n’est pas générique. Comment un même terme pourrait-il désigner le tout et la partie sans créer d’ambiguïté, sans entraîner de corruption de sens ?
On nous objecte que ces droits de l’homme renvoient à la première déclaration, celle de la Révolution française, dite des droits de l’homme et du citoyen. Mais rappelons que l’article 1 de cette première charte commence ainsi : « Les hommes naissent libres et égaux en droits. » À quoi homme fait-il référence ici ? Certainement pas à son prétendu sens générique, car, à l’époque, il n’était pas question de femmes. Elles étaient exclues de la citoyenneté, n’avaient pas de responsabilité civile, tout comme les fous et les mineurs. Seuls les hommes étaient égaux entre eux. La formule liberté, égalité, fraternité n’était destinée qu’aux hommes, pas aux femmes.
Parler de droits de l’homme devrait même nous inquiéter, car c’est rappeler qu’il y a 230 ans, les femmes n’étaient ni libres ni les égales des hommes. Les femmes étaient finalement exclues de l’humanité. C’est une déclaration sexiste que nous tenons pour modèle aujourd’hui.
L’appellation droits de l’homme est la première offense faites aux droits fondamentaux et une grave atteinte à l’égalité. Un outrage encore aujourd’hui en usage pour défendre des causes dites louables. Que penser d’un concept qui bafoue les principes qu’il prétend promouvoir ? Car parler de droits de l’homme, c’est bien les bafouer. C’est en exclure les femmes puisqu’elles ne seront jamais des hommes, à moins bien sûr de changer de sexe. L’expression charrie tout l’inconscient collectif, notamment la misogynie qui a traversé la Révolution française pour aboutir au code infâme de Napoléon qui niait tout droit aux femmes.
Il faut renoncer à tout jamais à cette appellation arbitraire et injuste. Le seul terme universel en français est humain. Toutes les langues européennes se sont calquées sur « droits humains », mais en réduisant l’humain à sa forme adjectivale. Pourquoi la République française, après deux siècles de négation des femmes dans ses propres principes, ne relèverait-elle pas le défit : au lieu de parler de droits humains, dire droits de l’humain, ce qu’aucun pays n’a encore osé faire ? Il faut dire droits de l’humain car c’est du sujet dont on parle. Ce ne sont pas les droits qui sont humains, cela n’aurait aucun sens, mais les humains qui ont des droits, qui réclament leur droit à l’égalité, quel que soit leur sexe.
Il faut rendre ces droits enfin universels au-delà du genre. Car rien n’est plus contraire à l’universalité de la déclaration que sa propre formulation.

SH

Le plaidoyer de Solveig Halloin

L’ HUMANIMAl PERSECUTE LES ZOONIMOTS Plaidoirie EnsanglantéE
Où trouver l’éloquence quand il n’y a plus de mots ? A quoi bon l’éloquence quand il n’y a plus de sens ?
Mais allons droit au but car ielles n’ont pas le temps.
Renversons le grand H de l’Homme, émasculons la grande Hache majuscule qui coupe la tête d’Olympe minuscule. Restons là avec elle, corps coupé, de ce sang sans espoir recréons la salive, de ce rouge filet tirons une direction, fille conductrice du sang des mots, et de cette béance, filons ma sœur, les significations . A côté du trauma, la sanglive à la bouche, je parlerais pour trois.
Vite ! Passons la phallucieuse « Dicklaration Unicervelle des droits du Zob ». Ignorons les écrits qui posent les zizis SUJETS de droits sur celleux qui ne seront dès lors qu’ OBJETS de droits, objets assassinés par le locu-tueur . Moquons nous les épées privilèges de voler, voiler, viol-hanter. Putréfions la patriarkiki et son générique masculin, rapteur d’universel, exhibe sexe du tyran énoncia-tueur. Ils nous ont renvoyés, jouons sur les orbites. Rions du club des bites, toujours braquemarcentré.
Ne traînons pas davantage les boulets de leurs autres adages dont ils font fiertés : « Liberté, Egalité, FRATERNITE » rédigé au pénis par des glands de ce monde. Immonde discours, discriminant DES solidarités immasculées, affichant le féminicide en programme politrique. Les confréries unies toutes en haut de l’échelle sont toutes les mêmes couilles faites de deux glands. Soeur, mon frère ?! Sortons de l’androlecte pour apparaître enfin ! Mais ce n’est pas l’Humain qui doit prendre le centre, non ce n’est pas les « Fommes » que hurle le sang d’Olympe : le sang n’hurle que le sang. Et cette fois, terriennes, nous n’oublierons personne. Car c’est cette hache Humaine qui débite à la tonne : vaches mes sœurs , corps coupés comme Olympe mais cette fois par milliards et à perpétuité.
Effroi normalisé, banalité du mal , peuples persécutés bien pire qu’à nos pieds, dans chacun de nos pas. Oui, les chaussures qui me portent c’est sa peau tuméfiée. Nous ne marchons pas sur un charnier, nous carburons extermination, permagénocide, agonies en séries, holocauste en toast, production intensive de victimes à la chaîne, une solution finale qui ne finit jamais, apocalypse industrialisée… Chacun d’entre eux pourtant, éperdument uniques nous crient leurs émotions qui perlent dans leurs yeux.
Alors, alors… cessons de penser les animaux mais pensons nous comme les sapiens sapiens que donc nous sommes . Humanimal, abolit le père de tous les esclavages, abolit l’élevage et sa zoophagie.
Que l’anatomie cesse à jamais d’être critère politique ! Que les mâles soient dépossédés des droits iniques de s’approprier les corps de toutes les femelles. Que cesse les dictatures de LA différence , du sexage au spéçage, pour que danse enfin LES courbes colorées . Qu’on cesse d’étiqueter « sauvage » les animaux libres et qu’on libère enfin les esclaves de chair. Allons rejoindre les zootres nous-même dans les camps d’engraissement et soyons avec eux ce que nous n’avons jamais cesser d’être : la Nature qui se défend.
A toi qui tous les jours depuis plus de 100 ans , toi qui à l’instant précis éprise dans l’étau du hachoir de la mort , toi vache matriculée permets de te nommer une première fois avant que ton cou soit coupé il faut que je te sorte de l’espèce où on t’a oublié : Olympe, tu as existé, je t’en fais la promesse devant cette assemblée, nous sauverons tes génisses à naître de leurs morts programmées……………
Allez vous cesser ? De planter vos haches Dans nos corps de vaches Nos ventres volés Nos bébés tétant Vos barrières de fer Le sang blanc amer Nos mamelles pleurant De ce lait si rouge Qui pompe nos larmes Silencieux vacarme Pourquoi rien ne bouge ? Allez-vous cesser ?
Etre de néant Naître pour mourir Enfermés vivant Enclos d’avenir Nous sommes paraît-il De la viande à cuir Bon pour agonir Pour votre plaisir Mais que l’on ait peur Mais que l’on ait froid Nos cris de douleurs Ne compteront-ils pas ? Ne nous mangez pas ! Ne nous mangez pas !
Neuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu ! (meuglement d’une vache)
SOPhut

Le plaidoyer de Sophie Hutin

Mesdames, Mesdames, et toutes les autres,

Au terme de cette matinée riche en oraisons, en arguments, en images brillantes et vertigineuses, que reste-t-il encore à dire ? Que me reste-t-il sinon d’évoquer ma propre expérience ? De partager avec vous un témoignage ?

Car puisqu’il s’agit de déterrer, penser puis inclure le genre féminin dans le langage, je pourrais peut-être commencer par balayer devant ma propre porte symbolique conjuguée au masculin, à savoir devant le nom de la compagnie théâtrale que j’ai fondée il y a 12 ans : « le Théâtre de l’Homme qui marche ». En effet, en recherche de légitimité artistique, dans un proto-féminisme qui me faisait hurler plutôt que penser, dans un état cristallin de naïveté, je cherchais alors l’universel dans ce que je pensais être le neutre : l’Homme avec un grand H, afin de m’y absorber, de m’y noyer, bras grands ouverts et yeux aveuglés. Qu’on oublie parbleu que la compagnie était dirigée par une femme ! Cet être universel en rapport intime avec le monde par le mouvement et la marche, ce serait donc un Hhhomme, la foulée de ce pas dessinant un chemin, celui d’un hhhomme, mon geste artistique offert au monde, celui d’un hhh…. Soupir.

À cette époque, je ne pouvais imaginer que l’usage normé de la langue était un outil au service de la reproduction sociale des dominants.

Et puis… vint l’entrée en féminisme, comme des voiles successifs qu’on retirerait douloureusement du réel… la prise de conscience du caractère systémique des violences et discriminations faites aux femmes, aux personnes LGBTQI, de la domination blanche masculine dans toutes les sphères de pouvoir (politique, économique, culturel) ; le sexisme, le caractère rétrograde des représentations du masculin et du féminin, de leur dichotomie même ; l’expropriation du corps des femmes à chaque instant de leur vie ; et le contrôle de la langue…

Car il s’agit bien pour une minorité de s’approprier dans chaque corps vivant ou mort un organe appelé langue. Eh oui, banco, il s’agit toujours de contrôler le corps des femmes. Penser disposer de sa langue tout comme du reste de son corps ? Que nenni ! De l’excision symbolique du féminin de la langue à une excision physique des langues des femmes, permettez-moi donc d’oser le raccourci. Ce n’est pas le masculin qui est neutre dans la langue, mais le féminin qui est neutralisé, tout simplement. En Occident, à l’instar du verbe divin qui crée tous les êtres et les transforme en choses, la parole est l’assise du pouvoir : dire c’est toujours faire. Parler est donc phallique.

Mais rassurons-nous, Mesdames, Mesdames et toutes les autres, une reconnaissance du féminin est aujourd’hui possible dans la langue : dans un geste galant, on peut désormais dire « celles z-et ceux » comme on peut laisser passer une femme devant soi dans l’escalier. L’homme s’efface un instant devant la femme pour mieux regarder son cul et en plus il faut dire merci.

Cependant, cependant, prêtons un instant l’oreille à la voix chevrotante de ces messieurs, et écoutons-les – une dernière fois je l’espère : en quoi consiste le crime que serait pour eux l’entrée du féminin dans la langue (car au passage ils n’en sont pas encore à envisager l’arrivée d’autres genres) ?
D’abord, hochons toutes ensemble la tête avec commisération et partageons un bref instant leur crainte sourde d’une d-émascul-ination en forme de castration, et pas que symbolique.
Entendons aussi : Le féminin, cette part maudite de la langue, est une abomination, un Yéti, une Méduse.
Entendons enfin la revendication de ces braves gens qui n’ont jamais eu à manifester : « Une grammaire, une langue, une République ! » Remettre en question la langue, c’est ainsi désagréger l’unité de la nation, ce qui signifie ni plus ni moins la fin de la République. À l’instar des langues des provinces de l’Ancien Régime ou des pays colonisés, la féminisation est un barbarisme, un accent dont on rit, c’est parler en se bouchant le nez la langue des colonisé.e.s. Ce serait comme faire porter une robe à fleurs à un adepte des costumes cravate : mais quelle extravagance !

Mais maintenant que je sais quel serait mon crime, à savoir mettre en danger la structure patriarcale de la société, je peux désormais me faire sortir moi-même de mon cercueil, un peu comme Beatrix dans Kill Bill, mais avec la seule force de ma langue. Je peux ainsi en toute jouissance inverser l’adoubement de l’autorité et ma propre mise en situation coloniale, faire tomber l’idole d’une pichenette. Et je propose donc en retour une excision du privilège masculin dans le langage, un accord au féminin voire une confusion des genres généralisée, ainsi qu’une expression : « les Droits », tout court. À travers une cérémonie d’enterrement du masculin sous la grammaire, en grande pompe, comme un carnaval républicain, je propose de dire : « la déclaration des droits », « les droits de tou.te.s ». Et en ce qui concerne le petit pré carré de ma compagnie théâtrale, je souhaite dire : « En marche ! » Mais je m’égare, disons plutôt : « le Théâtre des marches », peut-être.

Au demeurant, pour le XXIe siècle comme pour les générations futures, l’expression sobre « les Droits » permettrait d’inclure dans notre pensée soi-disant rationnelle toujours prompte à diviser puis à exclure, d’inclure donc les êtres dits non-humains, animaux et plantes et planètes, de déterrer ces dominé.e.s parmi les dominé.e.s.

Je vous remercie.

LR

Le plaidoyer de Laurene Renaut

« Une femme qui se croit intelligente réclame les mêmes droits que l’homme. Une femme intelligente y renonce. »

Ces mots sont de Colette.
Colette, cette amoureuse de la liberté et cette féministe sans étiquette. Cette « femme » auteur, cette plume moderne et cette optimiste forcenée semblait avoir renoncé. Non sans une bonne dose de réalisme et de lucidité. Un siècle plus tard, la question reste légitime : faut-il démissionner ?
Si l’acceptation est la loi de toute créature libre et l’abdication une preuve ultime de sagesse dans bien des cas, certains combats ne méritent-ils pas d’être menés ?
Ceux du moins qui dépendent de notre volonté. Et le travail sur l’humanisation de la langue, requiert notre ardente détermination. Déterminé.e.s pour braver le déterminisme de ceux qui tendent à réprimer notre bon vouloir au nom d’un impossible pouvoir d’action.
A écouter Yann Moix le 11 novembre dernier, les partisans des « droits humains » ne sont pas « couchés » : « […] Une langue fait ce qu’elle veut ! C’est la langue qui est souveraine »
Autant de formules qui sanctifient l’immobilisme sans le justifier. Nous le démontrerons, pas à pas, en plaçant au cœur de cette plaidoirie les arguments de nos détracteurs. Et des détracteurs que je voudrais des partenaires aujourd’hui, des appuis pour la pensée. Car argumenter ne se fait pas en vase clos.
Je vais donc commencer par mes amis de bonne foi, qui pensent que le débat qui nous réunit aujourd’hui est vain, que c’est toujours la pratique de la langue qui remonte vers la grammaire pour un changement et non l’inverse. Je leur accorde que la loi s’adapte à la société mais parfois, elle la devance. Elle la précède pour initier de nouvelles pratiques sociales au nom de grandes causes. J’entends souvent que c’est en occupant des fonctions autrefois réservées aux hommes que les femmes se libèreront, et le vocabulaire suivra un jour ou l’autre.
Je regrette mais pourquoi le vocabulaire serait-il ce canard boiteux à la traîne, ce volatile fort sympathique mais bien peu vigoureux ? Ce schtroumf paresseux ?
Affirmer que les mots peuvent devancer ou du moins conforter des usages encore balbutiants, ce n’est pas occulter à la langue son caractère vivant.
Ce n’est pas la tyranniser non plus, de la même manière Monsieur Moix, que la langue n’est pas cette instance autonome et autoritaire que vous dites.
De fait, et l’histoire nous l’a montré, c’est bien les humains qui font ce qu’ils veulent de la langue pour faire ce qu’ils veulent de l’humain, cette Humanité dont la raison n’a pas toujours su résister contre certains mots, ces mots que Gustave Le Bon qualifient de « forces de la nature », de « puissances surnaturelles ».
Alors oui, aux pragmatiques qui s’insurgent devant cette broutille terminologique, je réponds que le pouvoir des mots n’est pas anecdotique. Que tour à tour et à l’unisson, la morphologie et la syntaxe, l’image acoustique et la phonétique, le son et le sens s’allient pour donner à voir, s’entremêlent moins pour décrire le réel que pour en construire des représentations.
Défendre l’expression « Droits humains », c’est d’abord vouloir substituer un adjectif englobant à un complément du nom dont personne n’ignore la dimension restrictive d’un point de vue grammatical. C’est peut-être un détail mais la préposition « de » marque bien la possession. Plus que paradoxal pour désigner des droits qui par nature appartiennent à tous.
Droits et humains ne font qu’un. Dès lors, pourquoi ne pas abolir tout obstacle entre le nom et ce qui caractérise ce nom ?
Je veux défendre ici une formule dont la fusion syntaxique crée une osmose symbolique pour s’ouvrir au monde et prendre en charge sa diversité.
Et surtout je souhaite questionner une expression du 18ème siècle dont la signification ne tient qu’à une convention obsolète : cette majuscule autant inaudible qu’invisible.
Je suis bien embarrassée d’être ce messager funèbre mais n’en déplaise à ses adorateurs forcenés, cette majuscule est tombée. Existence marginale, absence numérique. A commencer par Wikipédia mais aussi sur la plupart des sites institutionnels et officiels de l’administration française, et ça ne sont pas des détails. Même sur le site de l’ONU, elle n’est plus.
Sortons nos mouchoirs pour entamer un deuil impossible ou combattons pour rendre le lexique moderne et flexible ? Pour ne plus faire dire ce qu’on veut à ce mot béquille bien pratique, « Homme », tout à la fois et pourtant bien catégorisant.
Aux Académiciens qui arguent que le masculin générique est sensé neutraliser l’opposition des sexes, je réponds qu’il les attise au contraire, par un rapport de force inévitable, par un mot qui restreint au lieu d’inclure. Toujours accepter que le masculin prévale, c’est consentir et se soumettre à la logique discriminatoire encore véhiculée par la langue française. Inconsciemment ou non.
Et c’est pourquoi, aux défenseurs du genre neutre, je réponds que les mots, eux, ne le sont pas et que l’acte de nommer est toujours engagé.
D’ailleurs, ce genre neutre, vestige de l’ancien neutre latin et perdu dans la plupart des langues romanes, n’existe plus en français contemporain. Pourquoi vouloir le conserver par le biais du masculin ? Et pourquoi cette gymnastique de l’esprit quand on a un mot générique à portée de main d’une simplicité et d’une exactitude désarmantes ?
J’en profite maintenant pour rassurer les détracteurs de l’écriture inclusive au nom de la sainte « économie langagière », ici 4 lemmes en deux : en plus d’être universels, les droits humains vont à l’essentiel.
Il ne s’agit donc pas d’alourdir la langue mais d’alléger le poids d’une histoire qui invisibilise une partie de l’Humanité. Bref, ce n’est pas tout compliquer ni tuer les spécificités du français, c’est peut-être même honorer sa précision, dit-on, sa minutie des mots nommée acribie, c’est simplifier.
D’ailleurs, d’un point de vue pédagogique, je ne vois aucun obstacle à cette évolution linguistique. L’expression n’embrouille ni l’orthographe, ni la lecture, n’impacte ni la lisibilité, ni la prononciation et encore moins l’intelligibilité.
Droits humains VERSUS Droits de l’Homme : immédiateté de la compréhension VERSUS complexité de la convention.
Quel enseignant ne s’est pas heurté à cette question spontanée : Pourquoi Droits de l’Homme Madame ? Et les enfants alors ? Pas si « naturels » ces Droits de l’Homme.
Enfin, pas d’inquiétudes, ce n’est pas « désexer » ni violenter le langage, c’est adapter ses usages.
Qu’il y a-t-il de radical, d’agressif, de transgressif voire de dangereux dans le mot « humain » ?
Je crois que derrière cette résistance pour ne pas dire cet entêtement, il y a de la peur. Peur de quoi ? Une peur du changement, une peur du mouvement qui cache peut-être un attachement sincère à l’histoire française et surtout à sa fameuse déclaration, ce monument de notre culture nationale qui façonne notre identité collective. Une déclaration au contenu évolutif (c’est vrai, la suprématie du mâle de 1789 n’a plus rien de normal en 2017) mais une déclaration au titre immuable. Pourquoi ?
Parce que me répond-on, il faut être prudent avec les glissements de sens, parce que les Droits de l’Homme, c’est les Droits de l’Homme dont la formulation épicène serait plutôt « droits naturels » et non pas « droits humains », qui est…un anglicisme !
Nous y voilà ! Mais l’ensemble des autres nations du monde parlent de « droits humains » cette dénomination n’est donc pas spécifique au monde anglo-saxon.
Quant aux droits naturels, désignant l’ensemble des droits inaliénables que chaque individu possède par naissance, ne sont-ils pas des droits humains par excellence ?
Avons-nous détourné ou falsifié le sens de cette déclaration sacrée ? Nous ne la trahissons pas. Nous lui rendons hommage, elle qui célèbre depuis 1948 l’égalité de tous sans d’autre ambigüité que son intitulé.
J’entends des opposants nous reprocher de vouloir ravaler aux oubliettes les Droits de l’Homme et faire payer à la langue d’avoir une histoire. Primo : j’aime beaucoup trop la langue française pour lui faire payer quoi que ce soit. Secundo : l’expression « Droits humains » ne prétend pas faire table rase. Je serais fière de cette déclaration si elle n’était pas une chape de plomb. Et c’est à en faire toute une histoire que la France n’honore pas sa mémoire.
Cette plaidoirie se veut donc être une mise en garde contre le conservatisme d’une société dans laquelle les mots seraient figés, et la langue engoncée dans son passé.
Aux fétichistes sincères de la Révolution française et de sa Déclaration, je veux dire : n’ayez pas peur. Nous réclamons l’évolution du lexique mais nous respectons l’évènement historique.
Aux équilibristes modérés qui défendent la reformulation d’une règle qui leur écorche les oreilles : « le masculin l’emporte sur le féminin ». Je pose la question : pourquoi ne pas changer la règle elle-même ?
Aux opposants par principe, je demande simplement : « Pourquoi ? »
Et aux femmes, oui aux femmes, qui ont le droit de nous dire et je l’entends souvent : la féminisation des mots et l’humanisation du langage signalent la femme, mettent l’accent sur la femme et cela ne nous rend pas service.
Je comprends. Dans certains cas, le fameux neutre écrit au masculin et qui n’a de neutre que son nom assure plus de légitimité à la fonction exercée par une femme par exemple. Alors faisons-nous toutes petites pour ne sortir de notre hibernation que lors des grandes occasions. Et qui ne manquent pas : harcèlement, inégalités salariales, violences conjugales, mutilations sexuelles, la liste n’est pas exhaustive… Pour autant, ce combat pour les mots n’élude en rien ces grands maux mais se met à leur service.
Et à toutes les femmes, moi y compris, qui parfois refusons les étiquettes, l’étiquette « femme », pourquoi vouloir nous-même nous invisibiliser ? Qu’y-a-t-il d’infâme à être femme ?
Je pense sincèrement qu’un homme s’assume en tant qu’homme. Assumons-nous en tant que femme.
Avec tous les humanistes, avec tous les modernistes, ne baissons pas les bras. La sagesse n’est pas l’acceptation passive d’un ordre des choses dit inaltérable, c’est le vouloir actif de cet ordre. C’est surtout l’espoir d’un mot, ici d’un monde, qui regroupe sous la même bannière les êtres humains au-delà de toutes les frontières.
Mesdames et Messieurs les membres du jury, j’en suis convaincue, c’est par l’usage des mots qu’on construit la réalité et c’est par l’usage des mots qu’on édifiera l’égalité.

Une réponse à “Concours d’éloquence 2017: les textes et les photos”

  1. ROBIN Chantal 16 février 2018 à 0 h 47 min #

    « Droits humains »… c’est déjà un progrès, certes, mais un progrès frileux ! La formule « Droits de l’Homme et de la Femme » est plus parlante, elle fait enfin exister la Femme aux yeux du monde entier. La Femme doit figurer nommément, en toute Équité, dans l’intitulé si elle prétend à l’Égalité suprème, incontestable. Mme Danièle Bousquet a été informée en sept.2016 de mes « réflexions » sur ce sujet et de mon courrier au Président HOLLANDE. Beaucoup plus préoccupé, à l’époque, de son propre avenir que de celui de la Femme, F. HOLLANDE n’a manifestement pas souhaité mettre en oeuvre ce projet un peu explosif pour certains machos. Le Président MACRON en a ensuite été saisi, puisqu’il s’est engagé à faire de la Cause de la Femme celle de son quiquennat et à dénoncer « l’hypocrisie sociale ». Je crains aujourd’hui que, de 2 formules, il choisisse la moindre, la moins exigeante en terme de courage, la vôtre. Elle n’est pas à la hauteur de vos combats, de vos travaux.
    Que craigniez-vous pour demander si peu ? Au moment où tout converge pour faire aboutir l’Égalité suprême, ou une fenêtre de tir se présente enfin pour l’obtenir ouvertement et officiellement, vous semblez transiger en vous contentant de la formule anglo-saxonne, comme si vous aviez quelques doutes sur le bien-fondé de cette Égalité h-f ! Celle formule, même si je lui concède par ailleurs une certaine avancée, ne permettra pas d’obtenir dans les faits l’Égalité h-f. Elle ne peut avoir le même retentissement dans le monde. Il faut impérativement viser plus haut, frapper plus fort.

    Chantal Robin
    Non féministe, mais revendiquant l’Égalité h-f au nom de l’Équité.

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